Jusque-là épargné, le marché des véhicules professionnels pourrait à son tour connaître les effets de la crise économique. Depuis dix ans, les flottes d’entreprise tirent le marché automobile français. Les immatriculations des sociétés n’ont cessé d’augmenter, prenant une part grandissante des ventes de véhicules neufs au détriment du marché des particuliers. En 2003, un véhicule sur deux était acheté par une entreprise. En 2008, la proportion devrait atteindre 54 %.
Confrontés à une baisse de leur pouvoir d’achat et au resserrement du crédit, les particuliers diffèrent de plus en plus l’achat d’une voiture. Avec la crise économique, les entreprises pourraient décider elles aussi de retarder leurs investissements, réduire leur flotte ou tout simplement conserver plus longtemps leurs véhicules.
En général, les sociétés en changent tous les sept ans, voire tous les trois ou quatre ans lorsqu’elles ont choisi la location longue durée. “C’est déjà une tendance lourde, affirme Gilles Bellemère, directeur général délégué d’ALD Automotive, la filiale de la Société générale. Depuis trois ou quatre ans, on a pris facilement quatre à cinq mois de plus en moyenne. Ce rallongement pourrait se poursuivre avec la crise.”
La location longue durée (LLD) est un mode de financement qui connaît un énorme succès en France. Il consiste, pour une entreprise, à confier à une société spécialisée le financement et la gestion de son parc automobile. Depuis plusieurs années, le nombre de voitures immatriculées sous cette forme ne cesse d’augmenter.
En 2007, ce système a concerné quelque 400 000 nouveaux véhicules, soit environ 20 % des ventes de voitures en France. Près de 1,2 million de véhicules sont gérés en location longue durée. S’il est difficile de faire des prévisions, tant les deux derniers mois de l’année peuvent révéler des surprises, le Syndicat national des loueurs de voitures en longue durée (SNLVLD) anticipe pour 2008 une hausse de 5 % à 6 % du parc loué, mais une baisse des mises sur la route.
Sur le premier semestre 2008, 199 542 véhicules ont été mis sur la route, contre 211 156 sur les six premiers mois de 2007, soit une baisse de 5,5 %. En revanche, sur un an, entre juin 2007 et juin 2008, le nombre d’immatriculations est resté quasiment stable.
“L’environnement est négatif. Au mieux, on sera au même niveau que l’année dernière, au pire, on sera un peu en dessous”, confie Philippe Brendel, directeur de l’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE). Selon lui, le resserrement du crédit imposé par les banques, conjugué à une politique d’investissement plus rigoureuse par les entreprises, pourrait avoir des conséquences importantes au dernier trimestre.
Pour 2009, personne n’ose le moindre pronostic. “La visibilité est réduite. Les vraies conséquences de la crise apparaîtront l’an prochain”, affirme M. Bellemère. Pour l’instant, les professionnels de la location voiture LLD affichent un optimisme mesuré. Ils s’estiment relativement protégés de la crise, arguant que l’automobile pour les entreprises est un outil de travail précieux.
Mieux, la crise de liquidités à laquelle les entreprises sont confrontées constitue un facteur positif pour le secteur de voitures de location LLD : “Il n’y a jamais eu autant de raisons pour qu’elles souscrivent à cette formule, assure François Piot, directeur général France d’Arval, la filiale de BNP Paribas. L’argent devenant rare, les entreprises vont devoir garder leur trésorerie pour poursuivre leur activité. Les petites entreprises et les professions libérales auront donc une raison supplémentaire pour recourir à ce mode de financement.”
Pour M. Bellemère, les entreprises pourront toujours réduire leur flotte ou rallonger leurs contrats, elles ne s’arrêteront pas du jour au lendemain de s’équiper. “Du coup, contrairement au marché des particuliers, celui des entreprises ne connaît pas de variations importantes”, affirme-t-il.
Avec la crise économique, les loueurs devraient néanmoins augmenter les loyers. D’abord parce qu’ils pourraient, eux aussi, rencontrer des difficultés de financement. Ensuite parce qu’ils sont confrontés à un effondrement du marché des véhicules d’occasion.
L’instauration du bonus-malus écologique en décembre 2007 a freiné les ventes de petites voitures d’occasion. Le marché du neuf sur ce segment progresse de plus de 50 % depuis le début de l’année, l’attrait du bonus provoquant un désintérêt pour les véhicules d’occasion. Quant aux véhicules du segment supérieur, comme la Laguna de Renault ou encore la 407 de Peugeot, ils sont boudés par les clients. Or, le métier des loueurs consiste aussi à fixer la valeur résiduelle, c’est-à-dire le prix de revente des véhicules. “C’est la partie la plus difficile de notre métier. Il est en effet très complexe de prévoir trois ans à l’avance combien on revendra un véhicule”, explique M. Bellemère.
Avec la loi de finances 2006 réformant la taxe sur les véhicules de tourisme et de société – celle-ci est désormais calculée en fonction du niveau d’émissions de CO2 du véhicule -, les entreprises se sont tournées vers des modèles plus écologiques.
Ce phénomène s’est accéléré avec l’entrée en vigueur du bonus-malus écologique. Le premier semestre, le parc en location longue durée était constitué à 82 % de véhicules émettant moins de 160 grammes de CO2 par kilomètre.
Les véhicules émettant plus de 160 grammes de CO2 mis sur la route il y a trois ou quatre ans et restitués aux loueurs partiraient à l’exportation à hauteur de 40 %. Si l’impact de la crise économique est encore difficile à évaluer, celui de la fiscalité écologique est déjà bien palpable.
Source: Le Monde